Apprendre le japonais
Les groupes de verbes japonais : comprendre la conjugaison sans se perdre
Voici une bonne nouvelle qu'on ne vous dit pas assez souvent en démarrant le japonais : le verbe japonais ne change jamais selon la personne. Pas de « je mange, tu manges, il mange » à retenir, un seul et même verbe fonctionne pour tout le monde. La vraie difficulté n'est pas là où on l'imagine. Elle se situe dans la reconnaissance du groupe auquel appartient chaque verbe, une étape qui conditionne absolument toute la suite de la conjugaison.
Se tromper de groupe, c'est appliquer la mauvaise règle à un verbe qui semblait pourtant familier. Voici comment ne plus vous faire piéger.

Trois groupes, pas plus
Le japonais classe ses verbes en trois groupes. Les appellations varient selon les manuels, godan/ichidan/irréguliers en terminologie japonaise, ou 1er, 2e et 3e groupe dans la plupart des manuels francophones comme Minna no Nihongo. Les deux systèmes désignent exactement la même chose.
Le 2e groupe (ichidan) est le plus simple à repérer et à conjuguer. Le 1er groupe (godan) représente la majorité des verbes et suit une mécanique un peu plus riche. Le 3e groupe (irréguliers) ne contient que deux verbes, mais des verbes que vous emploierez constamment.
Une fois le groupe identifié correctement, la conjugaison elle-même devient presque mécanique.
Le 2e groupe (ichidan) : la règle la plus simple
Un verbe appartient au 2e groupe si sa forme du dictionnaire se termine par る, précédé d'un son en i ou en e.
食べる (taberu, manger) : le son avant る est べ (be), un son en e. Ichidan.
見る (miru, voir) : le son avant る est み (mi), un son en i. Ichidan.
起きる (okiru, se lever) : ichidan également.
Pour conjuguer un verbe ichidan, la méthode est directe : on retire simplement le る final et on ajoute la terminaison voulue.
食べる → 食べ + ます = 食べます (tabemasu, je mange, forme polie)
食べる → 食べ + ない = 食べない (tabenai, je ne mange pas)
Aucune irrégularité à gérer, aucun changement de son. C'est le groupe le plus confortable pour démarrer.
Le 1er groupe (godan) : la règle des cinq voyelles
Un verbe godan a un radical qui se termine par une consonne, et cette consonne se combine avec les cinq voyelles japonaises (a, i, u, e, o) selon la forme voulue. Godan signifie littéralement « cinq degrés », en référence à ces cinq variations vocaliques possibles.
書く (kaku, écrire) : le radical consonantique est kak-, qui devient kaka, kaki, kaku, kake ou kako selon la forme.
飲む (nomu, boire) : le radical est nom-.
話す (hanasu, parler) : le radical est hanas-.
Pour la forme polie en ます, on remplace la dernière syllabe en u par la syllabe équivalente en i avant d'ajouter ます.
書く → 書き + ます = 書きます (kakimasu, j'écris)
飲む → 飲み + ます = 飲みます (nomimasu, je bois)
La forme en て (te), très utilisée pour construire des phrases progressives ou des demandes polies, dépend de la dernière syllabe du verbe godan, avec plusieurs terminaisons possibles (って, んで, いて, して selon les cas). C'est le point qui demande le plus de mémorisation dans ce groupe, mais le nombre de familles de terminaisons reste limité et s'apprend rapidement par la pratique répétée.
Le 3e groupe (irréguliers) : seulement deux verbes à connaître par cœur
Le japonais ne compte que deux verbes véritablement irréguliers : する (suru, faire) et 来る (kuru, venir). Leur conjugaison ne suit ni la règle ichidan ni la règle godan, il faut les apprendre isolément.
する devient します (shimasu) au présent poli, et surtout sert de brique de construction à des centaines de verbes composés (勉強する benkyō suru, étudier ; 電話する denwa suru, téléphoner). Apprendre する à fond, c'est débloquer instantanément la conjugaison de tout un pan du vocabulaire japonais.
来る devient 来ます (kimasu), avec une lecture du kanji qui change selon la forme (来る se lit kuru, mais 来ます se lit kimasu), ce qui surprend souvent les débutants qui découvrent ce verbe pour la première fois.
Le piège que presque tous les débutants rencontrent un jour
Voici l'erreur la plus fréquente, et elle mérite un paragraphe à elle seule : certains verbes se terminent en -eru ou -iru, exactement comme un verbe ichidan, mais appartiennent en réalité au groupe godan.
帰る (kaeru, rentrer), 入る (hairu, entrer), 走る (hashiru, courir), 知る (shiru, savoir) et 切る (kiru, couper) en sont les exemples les plus courants. Ils ressemblent trait pour trait à des verbes ichidan, mais leur conjugaison suit la règle godan.
帰る → 帰ります (kaerimasu), et non pas 帰ます comme le donnerait la règle ichidan.
Il n'existe pas de raccourci magique pour les repérer à l'œil nu la première fois qu'on les rencontre. La seule parade fiable consiste à mémoriser individuellement cette courte liste d'exceptions dès le niveau N5, avant qu'elles ne deviennent une source d'erreurs répétées à un niveau plus avancé où on les tient pour acquises à tort.
Automatisez les groupes de verbes avec la répétition espacée
Le module de grammaire de Michigo entraîne la reconnaissance des groupes verbaux sur des dizaines d'exemples, avec des révisions planifiées par l'algorithme FSRS-5 plutôt que par simple relecture.
Créer mon compte gratuitUne tendance à connaître sans forcément l'imiter : le ra-nuki kotoba
À l'oral, dans un registre familier, de nombreux locuteurs japonais laissent tomber le ら de la forme potentielle des verbes ichidan : 食べられる (taberareru, pouvoir manger) devient à l'oral 食べれる (tabereru). Ce phénomène, appelé ra-nuki kotoba, est largement répandu dans la conversation quotidienne, mais reste évité à l'écrit formel et absent des réponses attendues au JLPT. Le reconnaître à l'oreille est utile, l'utiliser volontairement à l'examen ne l'est pas.
Méthode pour ne plus se tromper de groupe
Face à un nouveau verbe, l'ordre de vérification le plus fiable est le suivant.
- 1
Le verbe est-il する ou 来る ? Si oui, direction 3e groupe, aucune règle générale ne s'applique.
- 2
Le verbe se termine-t-il autrement qu'en る ? Alors c'est un godan, sans exception possible, puisque seuls les verbes en る peuvent être ichidan.
- 3
Le verbe se termine-t-il en る, précédé d'un son en i ou en e ? Vérifiez alors s'il ne fait pas partie des exceptions godan bien connues (帰る, 入る, 走る, 知る, 切る et quelques autres de la même famille). Si ce n'est pas le cas, c'est un ichidan.
Apprendre un verbe godan de chaque terminaison possible (書く, 飲む, 話す, 買う, 待つ, 遊ぶ, 死ぬ, 帰る) comme verbe de référence permet ensuite de conjuguer par analogie n'importe quel autre verbe partageant la même terminaison, plutôt que de retenir une règle abstraite pour chacun.
Les autres formes essentielles, groupe par groupe
Au-delà de la forme polie en ます, trois autres formes reviennent constamment dès le niveau N5 et méritent d'être maîtrisées pour chaque groupe.
| Forme | Ichidan (2e groupe) | Godan (1er groupe) | Irréguliers |
|---|---|---|---|
| Dictionnaire | 食べる (taberu) | 書く (kaku) | する / 来る |
| Poli présent (ます) | 食べます | 書きます | します / 来ます |
| Négatif (ない) | 食べない | 書かない | しない / 来ない |
| Passé (た) | 食べた | 書いた | した / 来た |
| Forme en て | 食べて | 書いて | して / 来て |
Pour les verbes ichidan, chaque forme s'obtient simplement en retirant る et en ajoutant la terminaison voulue, sans exception. Pour les verbes godan, la terminaison varie selon la dernière syllabe du verbe au dictionnaire, ce qui demande d'apprendre les familles de terminaisons (く devient いた au passé, む et ぶ et ぬ deviennent んだ, す devient した, つ et る et う deviennent った). C'est un tableau qui se mémorise progressivement par la pratique, pas d'un coup.
Une méthode simple pour progresser sans se décourager
Face à la richesse de ce tableau, la tentation est grande de vouloir tout mémoriser d'un bloc avant de commencer à parler. C'est rarement la méthode la plus efficace. Apprendre un verbe godan de référence par famille de terminaison (書く pour les verbes en く, 飲む pour les verbes en む, 話す pour les verbes en す, et ainsi de suite), puis vérifier par analogie la conjugaison de tout nouveau verbe partageant la même terminaison, permet de construire une intuition solide bien plus vite qu'une mémorisation isolée de chaque nouveau mot.
La forme en て mérite une attention particulière, puisqu'elle sert de brique de construction à un grand nombre de tournures grammaticales testées dès le N5 : demander poliment (〜てください), décrire une action en cours (〜ています), demander une permission (〜てもいいですか). Une fois cette forme automatisée pour les trois groupes, une bonne partie des difficultés grammaticales du niveau débutant se dissout naturellement.
Vocabulaire à retenir
| Japonais | Romaji | Français |
|---|---|---|
| 動詞 | dōshi | verbe |
| 五段 | godan | 1er groupe (« cinq degrés ») |
| 一段 | ichidan | 2e groupe (« un degré ») |
| する | suru | faire (verbe irrégulier) |
| 来る | kuru | venir (verbe irrégulier) |
| ます形 | masu-kei | forme polie |
| て形 | te-kei | forme en て |
| ら抜き言葉 | ra-nuki kotoba | forme potentielle sans ら (registre oral) |
Questions fréquentes
Comment savoir si un nouveau verbe est godan ou ichidan sans dictionnaire spécialisé ?
La méthode de vérification en trois étapes fonctionne dans l'immense majorité des cas : vérifier d'abord s'il s'agit de する ou 来る, puis si le verbe se termine autrement qu'en る (alors godan), puis s'il se termine en る précédé d'un son en i ou en e (alors ichidan, sauf exception connue). En cas de doute persistant, un dictionnaire japonais en ligne indique toujours le groupe, généralement noté « v1 » (ichidan) ou « v5 » (godan).
Pourquoi certains manuels utilisent-ils godan/ichidan et d'autres 1er/2e/3e groupe ?
Les deux systèmes coexistent selon les traditions pédagogiques. Godan et ichidan sont les termes japonais d'origine, tandis que la numérotation en groupes a été popularisée par des manuels destinés aux apprenants non japonais, notamment francophones, pour simplifier la mémorisation.
Les verbes irréguliers sont-ils vraiment les seuls godan-ichidan à poser problème ?
Ce sont les deux vrais verbes irréguliers, mais les exceptions godan qui ressemblent à des ichidan (帰る et consorts) causent en pratique davantage d'erreurs chez les débutants, simplement parce qu'elles sont plus nombreuses et moins signalées.
Faut-il maîtriser la forme en て avant de passer au JLPT N5 ?
Oui. La forme en て sert de fondation à un grand nombre de constructions grammaticales testées dès le N5 (demandes, actions progressives, autorisations), elle fait partie des bases incontournables du niveau.
Conclusion
Reconnaître un groupe de verbe à l'œil nu demande de la pratique répétée sur des dizaines d'exemples, pas la simple lecture d'une règle. Le module de grammaire de Michigo couvre les 162 points de grammaire du N5 et du N4 avec des exemples audio et des explications en français, exactement pour automatiser ce genre de réflexe. Notre article sur le keigo prolonge naturellement ce sujet, puisque les niveaux de politesse s'appuient directement sur la conjugaison de base présentée ici.
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