Au printemps, tout le Japon guette les cerisiers. À l'automne, c'est au tour des érables. De la fin septembre à début décembre, les chaînes de télévision suivent la progression des feuilles rouges du nord au sud du pays, les temples organisent des illuminations nocturnes, et des milliers de personnes prennent le train le week-end pour aller admirer une colline de couleur.
Cette tradition porte un nom, le kōyō (紅葉), et une pratique, le momijigari, littéralement « la chasse aux érables ». Elle dit beaucoup de la relation des Japonais aux saisons, et elle offre au passage un excellent vocabulaire pour progresser. Plusieurs de ces mots, comme 秋 ou 紅葉, sont dans le module vocabulaire de Michigo.

Kōyō, momiji : deux lectures pour un même mot
Le mot 紅葉 s'écrit avec deux kanji : 紅, le rouge vif, et 葉, la feuille. Il se lit de deux façons, et la nuance est intéressante.
Lu こうよう (kōyō), il désigne le phénomène lui-même : le changement de couleur des feuilles en automne, quelle que soit l'espèce. Lu もみじ (momiji), il désigne plus précisément l'érable japonais, et par extension ses feuilles rouges. Les Japonais écrivent parfois 黄葉 (こうよう aussi, avec le kanji du jaune) pour les arbres qui virent au jaune, comme le ginkgo.
Le mot illustre le double système de lectures des kanji : une lecture d'origine chinoise pour le terme savant, une lecture japonaise pour le mot du quotidien.
Momijigari : pourquoi parle-t-on de « chasse » aux feuilles
Le suffixe 狩り (gari, chasse) surprend toujours. On ne cueille pas les feuilles, on les regarde. L'expression remonte à l'époque de Heian (794-1185), quand la noblesse de Kyoto organisait des excursions pour contempler les couleurs d'automne dans les montagnes autour de la capitale.
À cette époque, « chasser » désignait aussi le fait de partir en quête de quelque chose de beau dans la nature. Le mot est resté, et l'on parle encore aujourd'hui de いちご狩り (ichigo-gari, cueillette de fraises) ou de 潮干狩り (shiohigari, ramassage de coquillages à marée basse).
La poésie classique a largement contribué à fixer cette tradition. L'un des poèmes les plus célèbres de l'anthologie Hyakunin isshu, attribué à Ariwara no Narihira au IXe siècle, évoque la rivière Tatsuta teintée de rouge par les feuilles qui la recouvrent :
ちはやぶる 神代も聞かず 竜田川
からくれなゐに 水くくるとは
Jamais, même au temps des dieux, on n'avait entendu dire que la rivière Tatsuta teignait ses eaux d'un rouge aussi profond.

Le front des couleurs : quand voir le kōyō
Comme pour les cerisiers, la météo japonaise publie chaque année des prévisions sur la progression des couleurs, le 紅葉前線 (kōyō zensen, front du kōyō). Mais là où les cerisiers fleurissent du sud vers le nord, les érables rougissent dans l'autre sens : du nord vers le sud, et des montagnes vers les plaines.
Les dates varient d'une année à l'autre selon les températures, mais le calendrier type ressemble à ceci :
- Hokkaidō : dès la mi-septembre en altitude (massif du Daisetsuzan), puis octobre en plaine
- Nikkō et le nord de Honshū : courant octobre
- Tokyo : fin novembre à début décembre, notamment pour les ginkgos de l'avenue Icho Namiki
- Kyoto et Nara : de la mi-novembre au début décembre
- Kyūshū : fin novembre à début décembre
À Kyoto, les temples Tōfuku-ji, Eikan-dō et le quartier d'Arashiyama attirent les foules. Beaucoup de sites proposent des ライトアップ (raito appu), des illuminations du soir qui donnent aux érables une couleur presque irréelle. Les grands rendez-vous de l'été, eux, sont racontés dans l'article sur les matsuri.
L'automne dans l'assiette et dans la langue
L'automne japonais ne se regarde pas seulement. On dit volontiers 食欲の秋 (shokuyoku no aki), « l'automne de l'appétit » : c'est la saison des châtaignes, des patates douces grillées vendues dans la rue, du sanma (balaou grillé) et des champignons matsutake.
Les feuilles d'érable se mangent même, à leur manière. À Minoh, près d'Osaka, on fait frire des feuilles d'érable confites en tempura. Sur l'île de Miyajima, le momiji manjū, un petit gâteau en forme de feuille fourré à la pâte de haricot rouge, est le souvenir le plus vendu.
On parle aussi de 読書の秋 (dokusho no aki, l'automne de la lecture) et de 芸術の秋 (geijutsu no aki, l'automne des arts). Chaque Japonais choisit un peu « son » automne, et la question « c'est quoi, ton automne ? » est une vraie petite conversation de saison.
Vocabulaire à retenir
| Japonais | Romaji | Français |
|---|---|---|
| 秋 | aki | automne |
| 紅葉 | kōyō / momiji | feuilles d'automne / érable |
| 紅葉狩り | momijigari | sortie pour admirer les feuilles |
| 銀杏 | ichō | ginkgo |
| 落ち葉 | ochiba | feuilles mortes |
| 見頃 | migoro | meilleure période pour admirer |
| 紅葉前線 | kōyō zensen | front des couleurs d'automne |
| 秋晴れ | akibare | beau ciel clair d'automne |
| 涼しい | suzushii | frais (température agréable) |
Une phrase pour s'entraîner
京都の紅葉は今が見頃です。 (Kyōto no kōyō wa ima ga migoro desu.) « À Kyoto, c'est en ce moment que les couleurs d'automne sont les plus belles. »
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure période pour voir le kōyō au Japon ?
Pour Tokyo et Kyoto, la période la plus sûre se situe entre la mi-novembre et le début décembre. Plus au nord ou en montagne, les couleurs arrivent dès octobre. Consultez les prévisions du kōyō zensen publiées chaque automne avant de réserver.
Quelle différence entre hanami et momijigari ?
Le hanami célèbre les cerisiers au printemps, souvent avec un pique-nique festif sous les arbres. Le momijigari est plus contemplatif : on se promène, on visite des temples, on admire. Les deux expriment le même attachement japonais au caractère éphémère des saisons.
Pourquoi les érables japonais sont-ils si rouges ?
L'érable japonais (iroha momiji) produit en automne des pigments rouges, les anthocyanes. Les nuits fraîches et les journées ensoleillées de l'automne japonais favorisent particulièrement cette coloration, d'où l'intensité des rouges certaines années.
Et maintenant
Le kōyō est une belle porte d'entrée vers la culture japonaise des saisons, et il complète naturellement la tradition du hanami au printemps. Pour apprendre ce vocabulaire avec l'audio et la répétition espacée, le module vocabulaire et les formules de l'abonnement indiquent ce qui est inclus.
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